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Discours de la la vice-présidente du Bundestag Claudia Roth

22.01.2020 - Discours

Mesdames et Messieurs, chers invités.

Permettez-moi de commencer en disant : merci.

Merci à l’UNESCO, merci à Audrey Azoulay et à Peter Reuss, merci de m’avoir invitée à cette cérémonie de commémoration en mémoire des victimes de l’Holocauste – aujourd’hui, 75 ans après la libération du camp de concentration d’Auschwitz-Birkenau; ici, en un lieu comme Paris; moi, représentante du Parlement allemand, qui, contrairement à ce que d’aucuns de mes compatriotes pensent et disent, n’ai jamais bénéficié d’une prétendue grâce de la naissance tardive.

En effet, alors que je suis née après ce qui est le chapitre le plus sombre de l’histoire allemande, je ressens une responsabilité profonde – celle de ne pas refouler le passé ; celle de ne pas, tout simplement, vouloir clore ce chapitre ; et bien plus celle de l’accepter comme partie intégrante de mon histoire, et d’agir en conséquence.

„Voici ce que nos fils et nos filles ne devront jamais oublier“, écrit Éric de Rothschild dans son ouvrage „Pour mémoire“ – que je garde dans mon bureau à Berlin, d’ailleurs, bien en vue pour tous mes visiteurs.

„Ils le transmettront à leurs enfants“, continue-t-il, „qui le transmettront aux leurs, jusqu’à la fin des générations. Car nous ne devrons jamais perdre la mémoire et l’histoire de ce qui a été le mal absolu.“

C’est justement ce que vous avez fait, ce que nous voulons faire aujourd’hui : garder vivant le souvenir, au niveau scientifique aussi bien que politique ; abolir la distance intérieure avec une question qui, jeunes ou moins jeunes, nous concerne tous ; et permettre aux histoires de tous ceux qui furent poursuivis, déportés, tués de s’inscrire à jamais en nous.

Car, quand nous le faisons, nous ne pouvons plus oublier : ce crime contre l’humanité, qui ne doit jamais se reproduire ; cette négation totale de l’humanité et de l’humanisme, telle qu’elle a eu lieu sous la domination nazie ; cette histoire douloureuse qui devient ainsi une mission dont nous sommes tous acteurs et actrices – une mission qui consiste à nous battre avec détermination contre tout ce qui a rendu possible de telles atrocités ; de nous battre donc, sans répit, contre toute forme d’antisémitisme, de racisme, de discrimination ; de nous battre, enfin, contre toute tentative de minimiser ou de réinterpréter une histoire qui, pourtant, ne saurait être relativisée.

Mesdames, Messieurs, le 27 janvier, Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l’Holocauste, est donc pour moi un jour de deuil, de commémoration, de souvenir, certes – mais d’un souvenir clairement orienté vers le présent, vers un avenir commun ; un souvenir qui n’est pas l’expression d’une sorte de passéisme mais, au contraire, le fondement solide d’un regard progressiste et confiant, d’un regard résolument européen.

Car c’est cette Europe qui – malgré ses nombreuses imperfections, malgré le nombre parfois intimidant de défis qui nous attendent – nous a permis, à nous Français, Allemands, Polonais, Tchèques, Belges, Autrichiens de passer de l’hostilité au voisinage, et du voisinage à l’amitié.

Et cette amitié, elle me semble plus importante que jamais aujourd’hui – à une époque où les mots  „juif“, „tsigane“ ou „homosexuel“ redeviennent des injures dans nos cours de récréation ; à une époque où nos parlements – en Allemagne, en France, partout en Europe, dans le monde entier – abritent à nouveau des députés qui pensent avoir le droit de décider qui ferait partie  ou non de leur club exclusif d’un peuple supposé homogène ; alors que nous sommes confrontés à des femmes et (surtout) des hommes politiques qui veulent une chose plus que toute autre : que nous nous habituions à leur langage haineux, à leurs attaques constantes contre les minorités, à leur idéologie fondée sur une inégalité de valeur, à leurs tentatives même de réinterpréter le passé.

Permettez-moi donc de conclure en disant : merci, une fois de plus.

Merci à toutes celles et tous ceux qui ont rendu possible cette amitié européenne.

Merci aux survivants, qui ont eu le courage de raconter le sort qu’ils ont subi, et qui ont permis le souvenir et la commémoration qui nous réunissent aujourd’hui.

Merci, enfin, à vous tous de faire vivre, jour après jour, ces deux mots nés il y a exactement 75 ans, à 1224 kilomètres d‘ici, à Auschwitz-Birkenau : nie wieder, plus jamais ça.

Merci beaucoup.

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